Le dessinateur en cheveux


Ce petit texte est extrait de " La Physiologie du COIFFEUR , de L.Lemercier de Neuville , en 1862

         Lemonnier est le seul qui ait relevé cette profession qui me semble un enfantillage.    

Pas plus que je n'aime les tableaux en liège, je n'aime les cimetières en cheveux. Je trouve que ces combinaisons de cheveux, de teintes, de couleurs, ces reliefs faux, ces perspectives escamotées sont d'un mauvais goût déplorable.

Je comprends la chaine ou la bague en cheveux, j'accorde même la mèche de cheveux en médaillon, mais le tableau !... non, c'est affreux !

Ainsi, vous avez une tresse de cheveux d'une personne aimée, adorée !... Vous donnez cela à un ouvrier qui prend brutalement cette relique, la pèse, la jauge, la manipule, y met de la colle, de la bandoline, des essences, la coupe, l'aligne, la mêle à d'autres cheveux, la hâche et finit par vous la rendre en petit cimetière mal fait, honteux et laid.
Non, la relique est souillée ; on ne fait pas des compromis avec les souvenirs, on les garde comme ils ont été donnés ou légués.
Les dessinateurs en cheveux sont les Léotards du dessin, et les Robert Houdin du souvenir.
Que penseriez-vous d'une personne qui, par affection, ferait monter en coupe le crâne de son ami ?
Ceci est de l'horreur, les tableaux en cheveux sont de mauvais goût Mais enfin, puisqu'il y a des gens qui les aiment, il faut bien qu'il y ait des gens qui les fassent.
C'est la seule excuse des dessinateurs en cheveux.
Lemonier exécutait une grande quantité de bijoux en cheveux.
Dans le  Magasin des Demoiselles, en Octobre 1859, chronique du Monde Elégant par Marie de Friberg, on peu lire ceci :
"Une jeune femme envoyait ces jours-ci à une de ses soeurs qui habite la Russie, une mèche de ses cheveux dans un élégant médaillon qui renferme aussi son portrait.
La grande quantité de bijoux de cheveux qui s'exécutent chez Monsieur Lemonnier paraît démentir d'une manière triomphante les accusations de sécheresse et de positivisme dont on se plaît à stigmatiser notre époque.
Jamais, semble-t-il, le besoin de donner à ceux qu'on aime des souvenirs intimes et qui émanent de soi-même, n'a-t-il été ressenti aussi vivement..."

Ainsi s'achève notre petite série sur "la Physiologie du Coiffeur"

Vous souhaitez plus de détails sur ce livre, rendez-vous sur Google books